Prendre en main un objet familier,,,
sentir sa texture au creux de la paume ,,,
fermer les yeux et se rappeler son histoire ,,,,
62 ans en arrière ,,,
J'ai 15 ans , et comme tous les jours je remonte la rue Asselin
pour me rendre au lycée ,,,
comme tous les jours je vais retrouver mes copains
devant le tabac qui fait l'angle avec la rue de la Duché ,,
à une centaine de mètres dans cette même rue l'entrée des « artistes »
le grand portail de fer grand ouvert qui nous attend ,,,
Il faut savoir qu'en ce temps là le proviseur Monsieur Boucé avait décrété
qu'il était formellement interdit de fumer dans les deux rues qui encadraient
son élégant établissement ,,, la rue de la Duché et la rue Guillaume Fouace
étaient devenues des no man's land où chacun d'entre nous risquaient l'exclusion ,,
nous en étions réduits à fumer nos P4 achetées au détail sur le bout de trottoir
devant le buraliste en mélangeant les effluves de pain frais et de viennoiseries
de la boulangerie Groult juste en face à nos volutes de tabac bon marché
jusqu'à la dernière minute de précieuse liberté ,,
Jusqu'au jour où j'ai décidé de me singulariser,,
je voulais ressembler à Rimbaud , mon idole ,,, j'ai décidé de casser ma tirelire
pour m'offrir l'une de ces pipes rutilantes que je voyais tous les jours dans la vitrine ,,
et , soyons fous , un paquet d'Amsterdamer au fumet si particulier
et magique de vanille qui faisait se retourner toutes les filles dans le sillage du fumeur ,,
Voilà l'histoire de cette bouffarde ,,,
la première d'une très très longue série ,,,,,,,,
devenue collection le jour d'un passé pas si lointain
où j'ai totalement décidé d'arrêter de me ruiner la santé ,,,
