1959
Cours de Français , Mr. Zaglio , fringant petit corse nerveux ,
écrit au tableau noir , il attend toujours d’avoir fini sa phrase
pour placer accents , points et ponctuation ,
de violents coups de son bâton de craie qui ébranlent le tableau
et cassent une fois sur deux son morceau de calcaire.
Pleber me regarde , un sourire en coin ,
pas besoin de parler nous nous sommes compris.
Le cours terminé , le couloir désert , nous revenons en catimini
dans la classe vide…..sortons un canif de notre poche
et entreprenons de sortir au trois-quarts les vis
qui maintiennent le tableau fixé au mur…………
Comme à son habitude , le petit prof termine d’écrire sa phrase ,
fait trois pas de côté pour admirer son œuvre
avant de commence à marteler ses points et virgules….
deux secondes de suspense et le grand tableau se décroche….
arc-bouté , les deux mains appuyées , de toutes ses forces
il tente de le retenir , la classe est morte de rire ,
nous deux arborons une simple expression de satisfaction modeste….
c’était fait nous allions pouvoir passer à autre chose.
Mr. Zaglio avait perdu son humour , plaqué sur son tableau , il éructe :
-
Bande de petits cons , au lieu de vous marrer
-
comme des baleines venez m’aider !!! -
Nous nous précipitons pleins de bonne volonté
pour le sortir de ce mauvais pas , c’est à peine si nous avons décelé
une lueur de reconnaissance dans son regard furibond.
Pourtant à l’occasion , il savait nous faire rire…..
j’ai en mémoire cet après-midi de printemps ensoleillé
qui nous invitait à la rêverie , quand l’un d’entre nous ,
je n’ai jamais su exactement de qui il s’agissait
quoique j’ai quelques soupçons , se laissa aller à lâcher un pet sonore
et prolongé qui déchira la quiétude quasi religieuse
de cette délicieuse fin de journée.
Le premier moment de stupeur passé ,
la classe partit d’un éclat de rire homérique.
Le calme revenu , le prof laissa tomber d’un ton sentencieux
du haut de sa chaire :
« L’esprit sort par où il peut ! »
