• Le bébé de la gare ...

     

     

     La gare de Bombay ,

    immense héritage baroque victorien de l'empire colonial britannique ,
    des centaines de milliers de gens y résident à demeure ,
    fourmilière démentielle aux mille couleurs chatoyantes
    agglutinée autour des rares points d'eau .

    Je me fraie péniblement un chemin à travers ce grouillement inhumain ,
    enjambant des corps étendus couverts de mouches ,
    jouant des coudes à la recherche du train qui doit me conduire à Delhi ,
    des mains m'accrochent au passage , des voix m'interpellent ,
    je suis étourdi , vaguement mal à l'aise
    à piétiner au milieu de ce tintamarre malodorant..

    Je parviens tant bien que mal en bordure des voies ,
    d'énormes locomotives noires et luisantes , noyées dans la vapeur ,
    attendent alignées au long des quais ,
    je repère la mienne et me laisse aller un instant contre une barrière métallique
    pour soulager mon dos du poids du sac qui me scie les reins
    et reprendre un peu mon souffle et mes esprits .

    Une petite indienne drapée de soie vive se dirige vers moi
    serrant un bébé dans les bras , elle me tend la paume de la main
    me psalmodiant des mots incompréhensibles sur un ton implorant ,
    je fouille ma poche en quête d'une pièce de monnaie ,
    le bambin me fixe de ses grands yeux noirs qui lui mangent tout le visage ,
    je pose ma pièce dans la main tendue et lui caresse la joue ,
    d'un mouvement brusque et inattendu la mère me le jette dans les bras
    et avant que je réalise ce qui m'arrive détale à toute jambe .
    Je suis interloqué , je tente de me lancer à sa poursuite ,
    des touristes ont vu la scène , quelqu'un la rattrape ,
    la ramène , elle se débat , elle crie , elle pleure ,
    je lui tend le bébé impassible , indiffèrent à ce qui lui arrive

                       "Please , Sahib , keep my son ,
                    you're rich , I'm poor , with me he will be soon dead !!"

                   S'il te plaît , Monsieur , garde mon fils , tu est riche , je suis pauvre ,
                   avec moi il sera bientôt mort !!
                   malgré la chaleur je me sent glacé , ma vue se brouille ,
                   elle reprend le bambin qu'elle inonde de ses larmes ,
                   bien malgré moi je me retrouve impliqué dans la misère ambiante
                   et quelque part responsable de la mort programmée de ce petit enfant ,
                   je la regarde s'éloigner , tétanisé ,
                   envahi par un sentiment qui ressemble à de la honte et me soulève le cœur .

     

     

     


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  • Vigie ...

     

     

    En mémoire de ces dernières semaines …

    la vieille dame de Valensole …

    tous les jours à la même heure en début de soirée

    quand l'ombre se fait plus fraîche …

    à prendre sa faction sur son muret , en haut de l'escalier

    à la sortie de la rue de la Grande Fontaine...

    comme une vigie sur son mat...

    ou une princesse sur son trône …

    à surveiller les mouvements sur la « Promenade »...

    à respirer le temps qui passe …..

      

      

     

     


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  • Simplement ... Venise ...

     

    ....Comme si c'était la première fois.....
    y revenir , se perdre dans les ruelles à la tombée du jour ,
    voir des reflets passés miroiter en tremblant dans les eaux noires d'un canal , 
    au gré de venelles oubliées
    ...le clapotis discret d'une gondole silencieuse ,
    vision furtive qui vous laisse une impression de mirage....
    loin des rumeurs de la place St Marc...
    être un moment quelqu'un d'autre
    ...une ombre au masque blanc comme un vivant souvenir...
    simplement... Venise...

      

    Serenissima... Vidéo Bottle sélectionnée dans Voyage


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  • Hondarribia......

     

     

     


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  • Tout sur Bottle...La luxueuse et rutilante limousine aux vitres teintées vient se ranger dans un doux feulement au long du trottoir  blanc marbré devant l’entrée éclairée a giorno du PILOT HOUSE  mon hôtel de Nassau….aux Bahamas..

     

    Janvier 1980…à Paris c’est l’hiver…il fait gris….il fait froid….il fait triste…comme chaque année à la même époque , alors que beaucoup partent s’agglomérer sur les pentes neigeuses…j’ais pris un vol vers le soleil…

     

    Dans mon élégant et immaculé complet d’été , je me sens l’âme d’un James Bond…je suis là pour dix jours et me suis inscrit à pratiquement tous les forfaits loisirs proposés par la direction de l’établissement…ce soir , c’est tournée grand Duc dans les palaces de l’île voisine…Paradise Island…..

     

    Le chauffeur en uniforme bleu marine fait le tour du véhicule , la casquette à la main il ouvre la portière arrière…je me glisse dans l’habitacle et me laisse aller dans le moelleux crème du cuir souple et odorant…..

    Le carrosse de métal sombre glisse un moment sans bruit au-dessus du port de pêche faiblement éclairé avant de s’engager sur le grand pont à double pente qui réunit les deux îles…quelques centaines de mètres au long de la marina où se balancent mollement au mouillage des centaines d’embarcations de rêve…et nous arrivons déjà sous l’allée de cocotiers qui laissent apparaître par intermittence  des fragments de sable blanc qui se perdent  au loin dans l’indigo stellaire d’une nuit tropicale….les palaces scintillent de tous leurs néons…la première escale me voit prendre en charge par une escouade d’uniformes chamarrés qui me conduisent à ma table de restaurant , voisines d’autres occupées par des hordes de touristes américains en goguettes….je passe sur le repas décevant et l’ahurissant spectacle de music-hall kitchissime…..également sur le court séjour dans le gigantesque Casino à déambuler entre tables de jeux et machines à sous ,  pour terminer par ce qui m’a le plus marqué…ce dont je me souviens avec le plus de précision…

     

    Une boîte de nuit sous l’un des hôtels…relativement intime et feutrée comparativement à la démesure qui m’a accompagnée la soirée durant….velours et cuir …lumières tamisées….un orchestre coloré dans la pénombre distille une musique envoûtante….une beauté d’ébène ondule dans mes bras…...au rythme languissant du slow , j’approche progressivement des musiciens…le chanteur me fait un clin d’œil en souriant de toutes ses dents….complètement sous le charme de sa musique et de l’érotisme torride du moment , j’attend les dernières notes….le dernier souffle pour lui demander le titre de ce qu’il vient d’interpréter…..il me répond aimablement alors que ses amis entament l’intro du suivant…….STILL….je vais essayer de m’en souvenir pour trouver le disque à mon retour à Paris….je note sur une carte publicitaire le nom du groupe….LES COMMODORES…..le chanteur…Lionel Richie…




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