• Pélerinage ....

     

     

    Comme chaque matin

     

    la sonnerie du réveil m’a sorti du lit dans ma mansarde sous les toits…
    il fait encore nuit et je grelotte…c’est encore l’hiver…
    un autre sans chauffage .....
    une rapide et symbolique toilette sur l’évier de pierre sous la lucarne crasseuse ,
    je m’habille sans traîner….mon carton à dessin sous le bras , je me saisis de la mallette de couleurs ,
    verrouille la porte et dévale quatre à quatre l’escalier de service…

    Comme tous les jours , je fais une halte au bistrot qui fait l’angle de la rue des Petits-Champs ,
    le temps d’avaler un croissant et un crème brûlant….
    ça fait du bien et ça me réveille tout à fait…

    Le passage de la rue Beaujolais pour la galerie du Palais Royal sous l’appartement de Colette…
    je foule à grandes enjambées les dalles historiques de la galerie avec sur ma gauche derrière la grille les silhouettes fantomatiques des arbres du jardin….
    je ne me lasse pas de ce trajet….déjà un an et toujours le même plaisir….
    j’ai parfaitement conscience d’être un privilégié et je savoure l’instant….
    je débouche sous les arcades du Français…
    je longe ses portes vitrées….traverse la rue Richelieu pour atteindre l’arrêt du Bus….

    Comme un rituel , je pose carton et mallette à mes pieds….
    passe les mains derrière le dos et prend appui sur le socle du lampadaire
    pour souffler un peu en attendant le 21 qui va m’amener aux Arts Déco…..

    sauf que ce jour là…………..

    ..il s’est passé un événement particulier….que d’aucuns jugeront sans importance…

    Alors que je pesais de tout mon poids sur le socle de pierre historique du mobilier urbain

    …..ben….il a cédé…

    je me suis retrouvé assis par terre sous l’œil mi amusé , mi réprobateurs des autres usagers….

    Très gêné et confus….
    j’ai ramassé le morceau détaché et essayé de le remettre en place…
    je sais c’est aussi ridicule qu’inutile , mais c’est la seule contenance que j’ai réussi à adopter….

    Sauvé par le gong….mon bus arrive….
    je jette négligemment le corps du délit…ramasse mes affaires
    et saute sur la plate-forme…
    comme d’habitude le poinçonneur me tire par le bras pour me hisser…
    ferme la chaîne derrière moi et tire sur la poignée ding ding pour sonner le départ…

    Pourquoi je vous raconte ça…..
    parce que …je n’avais pas encore 20 ans….
    c’était il y a plus 50 ans……

    et ce n’est toujours pas réparé…..

     

     

     


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  • Sainte Trinité .....

     

    La Trinité …

    Les dimanches matins interminables de mon enfance …

    en ce même lieu … immobile … intemporel ..

    toujours ces odeurs d'encens et de cire refroidie …

    encore dans les oreilles le son de clochettes des enfants de choeur ..

    et des litanies sacrées soporifiques... tandis qu'à genoux

    sur le bois inconfortable du prie-Dieu ,

    je détaillais tête baissée la mosaïque séculaire du carrelage …

    en pensant à la gourmandise pâtissière que je pourrai choisir rue de la Paix

    sur le chemin du retour en couronnement de l'éternel rosbif hebdomadaire...

     


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  • La montagne du Roule ..... 

    A l’adolescence

    on explore des abris souterrains
    connus de nous seuls .

    Armés de lampes de poche ,
    nous visitons des casemates
    où subsistent encore des lits superposés ,
    des vieux journaux en langue allemande ,
    des casques rouillés et des relents d’urine.

    Nous jouons à nous perdre
    dans le labyrinthe de galeries creusées
    dans la montagne du Roule ,
    tunnels obscurs qui débouchent dans des fortins de béton dissimulés dans la roche ,
    nous scrutons l’horizon au travers d’étroites meurtrières transversales
    comme l’ont fait avant nous des sentinelles ennemies.

    L’une d’elles au sens artistique très développé a même occupé ses longues heures de faction
    à couvrir les murs de magnifiques fresques représentant le paysage environnant.

    La montagne du Roule , colline rocheuse dominant la ville….
    sa route en lacets qui s’amorce derrière le jardin public , sa pente raide que l’on se défie de gravir
    à vélo , une pièce d’artillerie à chaque virage , l’entrée des souterrains dissimulée
    dans les broussailles , le dernier tronçon de bitume qui se termine au fort qui couronne le sommet , nid d’aigle qui surplombe la ville et sa rade , transformé en musée du Débarquement ,
    les murs ont été décorés de fresques guerrières par mon professeur de dessin au lycée ,
    des modèles réduits expliquent les manœuvres des troupes alliées ,
    des photos agrandies en illustrent les étapes , des mannequins en uniformes et en armes
    se dressent dans tous les coins , un arsenal hétéroclite couvre le sol ,
    un film raconte en boucle l’entrée des gentils dans la ville avec gros plans sur la reddition
    des méchants , dans la cour un char pointe son canon vers le ciel….ancré là pour toujours.

    Une plateforme dans un coin de l’enceinte sert de socle à un mat au sommet duquel
    claque un drapeau tricolore , contre le parapet une lunette permet de détailler le panorama
    contre une pièce de monnaie…..au loin , au-delà de la digue , la mer se perd dans la brume…..
    la même mer , la même brume d’où quelques kilomètres plus au sud ,
    surgit un matin de juin , un raz-de-marée d’acier , de feu et de chair humaine…


      

      


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  • 10, rue Vivienne ... 

    1961
    I
    l me faut absolument
    trouver à me loger…..

     

    Je ne peux pas indéfiniment profiter de l’aimable hospitalité de Christian dans sa chambre du marché aux Puces…
    Je ne sais par quel bout prendre le problème , je suis allé dans les bureaux de l’UNEF rue Soufflot pour m’entendre répondre qu’étant de nationalité Française il valait mieux me débrouiller seul , les chambres dont ils disposaient étaient en priorité réservées aux étudiants étrangers….on m’avait dit que c’était un syndicat de gauche , ouvert aux difficultés du monde étudiant , j’en suis ressorti écoeuré de constater que pour ces gens là , la détresse n’avait d’intérêt qu’au-delà de nos frontières.

    Sans un sou vaillant , le casse-tête tournait au cauchemar , il me fallait néanmoins trouver une solution d’extrême urgence , sous peine de compromettre définitivement et prématurément mes ambitions estudiantines.

     

    Ce matin après l’appel , je décide de me jeter à l’eau….

     

    Devant l’aréopage réuni de mes compagnons de galère , je me risque exceptionnellement à une annonce personnelle…..en gros j’explique que je suis à la rue , pratiquement sans ressources , ouvert à toute suggestion…..si par hasard quelqu’un avait une idée , elle serait la bienvenue et mon éternelle reconnaissance définitivement acquise…
    Mon laïus terminé , un petit bonhomme hirsute et mal rasé vient se planter devant moi :

     

    -J’ai peut-être ce que tu cherches !...Ma tante possède une chambre de service inoccupée au-dessus de son appartement dans le quartier de la Bourse, mes parents y ont vécu un moment quand ils étaient jeunes mariés , le problème , c’est qu’elle ne veut pas la louer , je vais lui en toucher un mot et tu iras la voir…à toi de la convaincre.. !!!

     

    Trois jours plus tard , je me présente au dix de la rue Vivienne…….

     

    J’ai essayé de mettre toutes les chances de mon côté…mon plus beau pantalon , ma plus belle veste , chemise propre et cravate , bien lavé et rasé de près , les cheveux bien peignés , je gravis un large escalier recouvert de moquette rouge jusqu’au sixième étage où je m’arrête essoufflé devant l’unique et monumentale porte vernie du palier . Je déchiffre le nom au-dessus de la sonnette…Mme G…….. , j’y suis , j’appuie sur le bouton…

     

    Une élégante vieille dame aux cheveux de neige m’ouvre la porte et m’invite à entrer.
    Effectivement , son neveu lui a parlé de moi et n’a pas tari d’éloges à mon égard…elle veut bien le croire , mais même si je suis aussi doué qu’il le prétend et promis à un avenir brillant sur le point d’être compromis pour une stupide histoire de logement , elle me rappelle qu’elle ne tient pas du tout à louer son local , je dois bien comprendre qu’elle est très âgée et ne veut pas se compliquer la vie..on entend tellement de choses aux jours d’aujourd’hui qu’elle ne se sent pas prête à courir le moindre risque.

    Devant un thé et des petits gâteaux , je lui brosse un tableau à la Zola de mon encore brève existence , mon père qui s’échine au travail pour une solde modique au service du Pays , Militaire à Cherbourg….Mouche.. !!!....son défunt mari était général. !!! , le sacrifice énorme que représentent mes études pour mes parents qui se privent de tout pour que mes sept frères et sœurs ne manquent de rien et vivent un futur plus enviable que leur présent…..du coin de l’œil , je vois que je marque des points , d’hautaine et réservée , la physionomie de la riche bourgeoise en noir au triple rang de perles assise près de moi , vire à un sourire de bienveillance de plus en plus marqué au fil de mes paroles…..

    Après une heure de plaidoirie , je sentais que j’avais partie gagnée , en mon for intérieur , je me félicitais d’avoir soigné ma mise et adopté un profil bas et modeste …

     

    -Ecoutez , vous me faites excellente impression…peut-être fais-je une bêtise , mais j’accepte de vous aider , je vous laisse la chambre gratuitement pour la durée de vos études , vous me verserez un loyer symbolique de…..disons 3 000 F (30f) par mois , pour la consommation d’électricité….je vous demande de faire en sorte que je n’aie pas à regretter de vous avoir fait confiance…


    Je lui aurai sauté au cou…..mais ce n’était vraiment pas le genre…

     

    -Si vous le voulez bien , je vais vous montrer votre nouveau chez-vous !..

     

    Au fond de son immense appartement encombré de tentures et de meubles précieux , elle m’ouvre une porte sur un escalier raide et étroit..

    -Allez-y , je ne vous suis pas , j’en suis bien incapable , l’alpinisme n’est plus de mon âge !...

    C’est la seule et unique fois que vous aurez à prendre ce chemin , là haut vous avez une entrée indépendante….pour y accéder vous prendrez l’escalier de service !!...

     

    C’était génial , la clé dans ma poche , je me retrouve dans la rue , j’ai envie de danser , de rire , de crier...
     
    –Merci la chance !.....

     


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  • Juste pour le fun ... 

    Ce n’est pas

    que ce soit d‘un intérêt primordial

    mais ça m’a bien fait marrer…

    En fouillant dans des vieux papiers ,

    je suis tombé sur cette coupure de journal….

    elle doit dater de 1964 ou 65…

    c’était un jour de grève dans les restaurants universitaires…

    d’où le titre de l’article  

    (pour ceux qui ont du mal à déchiffrer « Grève des restaurants universitaires : les étudiants se rabattent sur les frites »)….


    Le lendemain je croise un pote…

    .-T’as vu…y a ta bobine dans France-Soir.. !!!-….
    je l’achète au premier kiosque…….et c’était vrai.. !!!

    (Désolé que le scan fasse ressortir la trame à ce point...j'ai tout essayé pour l'atténuer...sans succés)

      

    (23 novembre 2007)

      

      


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